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vendredi 8 mars 2013

Séminaire fiction des diffuseurs : budgets, attentes et projets pour 2013 (partie 1)


Je suis allée récemment au séminaire du CEEA sur les fictions des diffuseurs pour 2013. Passionnant ! Deux jours entiers à entendre parler des attentes des diffuseurs en matière de fiction française. Pour une étudiante en Production Audiovisuelle, spécialité TV, comme moi, c'était l'occasion rêvée d'appréhender mieux l'organisation du service fiction d'une chaine de TV mais également les contraintes de budget, de format etc. qui justifient leurs choix et leurs attentes. Vous trouverez ci-après un compte rendu des interventions auxquelles j’ai pu assister.

BILAN/TENDANCES EN VOLUME ET AUDIENCE DE LA FICTION EN 2012 (chiffres Médiamétrie)

Présenté par Caroline Veunac,  Journaliste spécialisée en fiction télévisée (GQ, UGC Illimité le Mag, …)

La fiction en France (étrangère et française) se porte bien : elle représente 26% des programmes proposés en 2012. On constate une forte appétence des téléspectateurs pour la fiction : 19 fictions ont réalisé une audience d’au moins 7 millions de téléspectateurs en 2012.

Sur les 100 meilleures audiences de fictions unitaires, 70 sont des fictions françaises et 27 viennent des USA. Sur les 100 meilleures fictions en série ou collection, 24 sont françaises et 76 viennent des USA.

Les séries américaines conservent donc largement l’avantage sur les séries.




Quelques exemples de bons scores de la fiction française en 2012 :

Les unitaires : TF1 avec Merlin 7,4 millions de téléspectateurs / France 2 avec La smala s’en mêle 6 millions / France 3 avec Assassinée 5,7millions

Les séries : TF1 avec No limit 7,3 millions / Canal + avec Les revenants 1,6 millions (soit 700 000 de plus qu’Engrenages et 300 000 de plus que Braquo) / Arte avec Ainsi soit-il 1,7millions

Les séries établies : TF1 avec Joséphine ange gardien 7,5 millions / France 2 avec Fais pas ci fais pas ça 5,4 millions

Les formats courts : M6 avec Scènes de ménages 5,6 millions / France 3 avec Plus belle la vie 6 millions / TF1 avec Nos chers voisins 9 millions

La fiction française ne combat pas encore la fiction US qui fait de meilleures audiences mais les français y sont très attachés : 7/10 personnes interrogées regardent régulièrement au moins une fiction française en 2012 (+7points par rapport à 2011) et 50% des téléspectateurs regardent de la fiction française plusieurs fois par semaine. Concrètement, « plus on regarde de la fiction française, plus on a envie d’en regarder » conclut Caroline Veunac.


Les genres favoris des français sont la comédie (65%) et le polar/suspens (61%, le seul genre en progression cette année : +5points). Par ailleurs, les français préfèrent dans l’ordre dans une fiction : l’intrigue, le scénario, l’histoire puis seulement les personnages, les acteurs et les décors.


Au niveau du format, le 90’ perd du terrain dans les attentes du public, de même que le 26’ et le 5’. Seul le 52’ gagne des adeptes : il est actuellement au cœur des envies des téléspectateurs


2012 /2013 : tendances éditoriales des chaines


Avec la crise économique, les budgets sont revus à la baisse alors que les français attendent de plus en plus de la fiction française, ils veulent la même sophistication que les séries US : Nous avons donc des difficultés en France pour concilier les finances et l’ambition créative. Il est compliqué d’équilibrer l’audience assurée et le pari artistique risqué.


Les grandes tendances dans la fiction française :

Le recours à la coproduction internationale 



Evidemment car les budgets sont multipliés par le nombre de partenaires. Cela permet également de rentabiliser le programme grâce aux ventes internationales (optimisation des chances de vendre le programme) ex : Borgia 1,4 millions de téléspectateurs en France, 6,2 millions sur ZDF en Allemagne


Canal a consacré 25% de son budget aux copro en 2012 : XIII (France/Canada) / Le vol des cygognes / The tunnel (à venir, France/UK), … La copro donne une dimension plus prestigieuse au programme et accroit son effet à l’international

Généralement ces séries sont gérées par des show runners de grand renom, et scénarisées en anglais.

Les autres chaines se mettent aussi à la copro :TF1 avec des projets comme Joe (polar en Anglais avec Jean Reno (France/UK/Danemark) vendu dans 170 pays avant même la diffusion, dont les USA, Crossing lights avec Marc Lavoine et Donald Sutherland, une déclinaison de Taxi tournée à NYC


M6 avec Le Transporteur


France 2 : meurtre au paradis (copro avec La BBC, mais pas de date de diffusion prévue)


Arte est très à l’aise avec la copro européenne depuis quelques années : Audisseus (Espagne/Portugal) et d’autres projets : Babylone, Les hérétiques, ...

Le recours au format court, une certaine réponse à la crise ?


Ce format permet de baisser les coûts de production et est très fédérateur. Il reste dans l’air du temps : France 2 prévoit la suite d’Un gars une fille : Parents mode d’emploi


La majorité des programmes courts sont des comédies sociologiques mais peu à peu d’autres sujets sont envisagés comme le handicap dans Vestiaire sur France 2, ou Bref sur Canal


On constate une intégration de nouvelles formes d’écritures, d’éléments feuilletonnants

Les formats de 26’sont également appréciés, principalement sur Canal + : Kaboul Kitchen / Platane, de même que les 13’ : Working girls / Les lascars

Le transmedia

Arte est le pionnier avec The Spiral, série participative avec une plateforme d’enquête simultanée sur internet. C’est un bon moyen de s’adapter à la consommation délinéarisée et multi supports et de fédérer le public européen avec une thématique et des modes de diffusion adaptés, même si les audiences restent confidentielles

France 5 développe Anarchy, une série transmedia 8x26’ : la chaîne prévoit le lancement d’un jeu en ligne avant la diffusion, avec une influence sur le déroulement de la série. Le transmedia permet également de toucher des publics plus jeunes


La scripted reality

Depuis Hollywood girls sur la TNT, les chaines s’approprient le concept du docu-fiction, le « feuilleton du réel » : Face au doute sur M6, Le jour où tout a basculé sur France 2

La scripted permet de baisser le coût des programmes tout en réalisant potentiellement de grandes audiences

La série comme enjeu en matière de fiction

Le 52’ regroupe de plus en plus d’amateurs, c’est l’objet principal de recherche des chaines, notamment Canal+ : 12 fictions 52’ sont en cours d’écriture dans différents genres (dont Barbarella, adapté du film)

France 2 : Fais pas ci fais pas ça / Cain / Main courante / … ainsi que le développement de séries contemporaines qui fonctionnent très bien comme Les hommes de l’ombre (20% de PDA pour les épisodes 1 et 2 puis 17% pour les épisodes 3 et 4 avec un coût de l’épisode à 800 000€ contre 700 000€ habituellement)

France 3 : Un village français, dont la saison 4 a très bien marché. La saison 5 est en cours de développement


France 4 dispose désormais d’un budget fiction pour toucher un public plus jeune. 4 séries de 52’ sont en développement, sur des thématiques fantastiques/surnaturelles

Arte : Xanadu / Les invincibles / Fortune / Ainsi soit-il, le gros succès de 2012. Une case est dédiée le jeudi soir : plus de 10 projets sont en développement, notamment des séries en 3 volumes comme le fait la BBC

TF1 reste adepte du 90’ mais s’est mis au 52’ en 2012 avec No limit / Falco. La croisière est en projet pour 2013

M6 a très peu d’investissements en fictionDe plus en plus, on constate que les séries sont endurantes sur plusieurs saisons.

Le rôle des chaines de la TNT

Ces chaines ont des budgets très limités mais un fort intérêt pour la création originale. Elles apprécient particulièrement les formats courts et les 26’. Elles disposent d’une forte liberté dans le ton/ sur la ligne artistique. Ce sont des chaines plus jeunes, où il y a plus d’opportunités.

NRJ12 produit le 52’ L’été où tout a basculé. Elle a pour objectif de produire un soap quotidien, adaptation d’une télénovela. En 2013, elle lancera C’est la crise, avec Anne Roumanoff

D8 adapte les Infidèles (le film) en 80 épisodes de shortcom, intitulés Flag

NT1 lance VDM (vie de merde) en shortcom

HD1 lance 2 projets de shortcom : Ma meuf et Ce qui en me tue pas me rend plus folle

On constate un certain dynamisme à la TV française malgré le contexte économique, et une volonté de création originale. Le nombre croissant d’acteurs est une opportunité pour les auteurs.

mardi 22 janvier 2013

Mécanique de fabrication des séries US

Bonjour à tous et bonne année !

Après cette longue absence due à la fin du semestre (dossiers à rendre, vacances, partiels !), j'aimerais faire un focus sur la mécanique de fabrication des séries américaines pour mon retour sur ce blog. On m'en a beaucoup parlé il y a quelques semaines, j'ai lu des articles notamment de l'Express.fr et Lepoint.fr, et j'ai également assisté à un tout nouveau cours : processus de fabrication et d'acquisition des séries US. Passionnant. On a beau savoir que les américains et les français ne font pas les choses de la même façon, c'est très intéressant d'explorer en détail les process qu'ils utilisent et qui fonctionnent si bien.

Retour sur la mécanique américaine ...

La chaine : principal décisionnaire

Aux USA c'est la chaine qui décide du style de la série, du contenu, des vedettes qui joueront dedans, ... De nombreuses études sur les goûts du public sont effectuées avant de commencer à réfléchir à un projet, de même qu'une réflexion sur les séries diffusées les années précédentes pour comprendre les erreurs, les réussites et les attentes des téléspectateurs.

En octobre, chaque année, les chaines lancent des appels à projets aux producteurs. Elles recoivent de très nombreux dossiers à étudier, et choisissent les idées qui leur semblent le plus en adéquation avec les tendances et les désirs actuels. Les textes sont commandés. S'ils sont bons, un pilote est tourné. Sinon, le projet est abandonné.

Le deficit financing

Aux USA, la particularité est qu'un épisode de série coûte plus cher au producteur qu'à la chaine. Le producteur est ainsi beaucoup moins couvert qu'en France et a tout intérêt à vendre sa série le mieux possible à l'international, à faire des produits dérivés, des DVDs, à vendre la série à des chaines du câble etc... pour rentrer dans ses frais. Par exemple, pour un épisode à 2 millions de dollars, la chaîne ne finance qu'1,7 million. Le producteur doit donc générer 300 000 dollars de recettes par épisode, soit un total d'un peu moins de 10 millions de dollars par saison de 24 épisodes.

En avril, le pilote est terminé. les chaines commencent par le présenter aux annonceurs lors de "upfronts". Ce sont de grosses manifestations où les annonceurs décident ou non d'investir dans la chaine qui propose la série. Il est primordial que le pilote soit d'excellente qualité pour convaincre les annonceurs d'investir.

En mai, les producteurs cherchent des financements complémentaires lors des "Screenings" à Los Angeles. C'est lors de cette manifestation que les chaines françaises posent des options sur les séries américaines. Certaines ont des accords avec les majors, comme le droit de premier regard par exemple.


Le show-runner, grand manitou

En juin, les studios commencent à "fabriquer" la série. C'est là qu'intervient le show-runner, le chef de projet en quelque sorte. Il gère la direction à la fois artistique et industrielle de la série, il compose les équipes de scénaristes et les équipes de production.

Un pôle de scénaristes, la "writing room"

Le processus décriture est très différent aux USA. En France, les pratiques sont limitées à cause du droit d'auteur, inaliénable et qui donne à l'auteur un droit sur ce qu'il a écrit, à vie. "Le copyright à l'américaine se prête mieux à l'écriture collective que le régime français des droits d'auteur. Avec le copyright, l'auteur écrit, il est payé, et ensuite il n'a plus de droits sur son scénario" explique Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction française sur Canal +

Par ailleurs, les personnages, y compris secondaires, doivent avoir une grande profondeur aux USA. Les scénaristes jouent beaucoup sur la temporalité dans la narrativité, c'est à dire les flash-backs, une voix off, des ellipses qui aident à exprimer les émotions et les actions des personnages. L'enfance du personnage est très utilisée, de même que sa psychologie profonde, des armes supplémentaires qui amènent à l'identification du spectateur aux héros de la série. 

Pour plus de réalisme, on engage également des experts qui aideront à la vraissemblance des détails techniques (médecins, policiers, avocats, ...)

 

Une production en flux tendu

Un épisode est tourné en 7 jours environ. Les tournages commencent courant juillet/août et fonctionnent en flux tendu. C'est à dire que la saison commence avec 3 ou 4 épisodes en stock, et jusqu'en décembre les épisodes sont tournés avec, en simultané, un épisode en préparation, un en tournage, et un en post-production.

Si les audiences sont bonnes, la chaine commande 12 autres épisodes jusqu'en avril/mai.

Et la France alors ?

Si ce modèle était adapté en France, de profondes mutations dans la programmation devraient avoir lieu. En effet, les chaines françaises diffusent généralement deux épisodes de 52 minutes à la suite, contrairement aux USA qui ne diffusent qu'un épisode par semaine, mais qui programment de nombreuses séries à la fois. De même, là où les USA diffusent des séries de 24 épisodes, les français sont frileux à en commander plus de 8. Au delà de la chaine de fabrication, c'est donc toute la logique de programmation qui est différente.

"Pour améliorer la qualité, il faut produire plus et lancer plusieurs projets, car, forcément, il y aura des échecs" déclare un membre de l'IMCA. Et vous, qu'en pensez-vous ?

mercredi 28 novembre 2012

TNT : les petites nouvelles (partie 2)

Après vous voir présenté les nouvelles chaines de la TNT qui débarqueront le 12 décembre, voici un petit panorama des préoccupations actuelles du PAF en réaction.


Le partage des audiences

A qui les nouvelles chaines prendront-elles des points d'audience ? Il s'agit de la grande question actuelle. Aujourd'hui face à l'éclatement des audiences, il devient difficile pour les chaînes de prétendre à des parts d'audience conséquentes. Cela est très inquiétant puisque les audiences régissent le prix des écrans publicitaires des chaines. Elles sont donc majoritairement sur les dents à l'arrivée de 6 nouvelles.

Fabrice Mollier, président de HD1, a relevé que dans les autres pays européens, « la cannibalisation se fait plutôt intra-TNT que par rapport aux chaînes historiques ». Voilà qui devrait rassurer les chaines historiques...

Alain Weill, patron de RMC Découverte, a une autre vision du futur. Selon lui « L'arrivée des nouvelles chaînes va dynamiser le secteur et faire venir de nouveaux annonceurs qui n'ont pas les moyens d'aller sur les grandes chaînes », a t-il déclaré lors de la conférence de presse pour la présentation de la chaine.


La télévision reste le média préféré des annonceurs, devant le web qui grignotte petit à petit les parts de marché. L'émergence de nouvelles chaines de TV va certainement bouleverser l'état actuel des choses, mais il est difficile de prévoir comment.


 

Les coûts de diffusion  

Le patron de TF1, Nonce Paolini, est venu briser l'élan d'enthousiasme du lancement des 6 nouvelles chaines de la TNT. "Pendant que le bateau prend l'eau, l'orchestre joue. Je ne connais pas les audiences futures de ces chaînes que j'espère les meilleures possible. Ce dont je suis certain, c'est qu'elles vont perdre de l'argent pendant longtemps. Je ne suis pas sûr que cela soit un progrès industriel et économique !", a-t-il lancé.

Selon lui, le marché publicitaire en berne ne peut pas financer 25 chaînes gratuites. Même la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, semble d'accord. "Vous avez laissé six nouvelles chaînes sur la TNT qui vont diluer la publicité, héritage que nous sommes aujourd'hui dans l'obligation d'assumer, l'Etat de droit ne nous permettant pas de revenir sur cette décision", a-t-elle lancé aux députés UMP, la semaine dernière à l'Assemblée nationale.
Selon Olivier Huart, directeur général de TDF, des tests réalisés récemment montrent par ailleurs qu'il y a techniquement de la place pour deux nouvelles chaînes sur la TNT. Probablement pour des déclinaisons en haute définition de chaînes existantes. Les chaînes se partageant les coûts de diffusion, cela permettrait d'alléger la facture pour chacune d'entre elles. Les nouvelles chaînes vont en effet devoir assumer des coûts de diffusion importants, d'environ 10 millions d'euros par an, lorsqu'elles couvriront tout le territoire en 2014. Ont-elles toutes les reins assez solides ?

lundi 26 novembre 2012

Les opérateurs passent à la TV !

Les opérateurs vous connaissez ? 


C'est LA web-série du moment ! Web-série mais pas que, puisque France 4 la diffuse actuellement à la TV après une première diffusion Web qui a fait une audience de folie ! Les 10 épisodes de la série ont totalisé (jusqu' ici) plus de 700 000 vues sur Dailymotion, un record !

Les 5 premiers épisodes ont été diffusés sur France 4 la semaine dernière, de lundi à vendredi à 20h30. Si vous les avez ratés (ou pas), vous pouvez les voir et les revoir sur dailymotion ici . Les 5 derniers seront diffusés à partir de ce soir, toujours à 20h30 !

Je vous conseille cette série pour tout un tas de raisons. Déjà parce que je connais les personnes qui l'ont produite et que je peux vous dire qu'il y a un boulot monstrueux derrière (je suis admirative), ensuite parce que c'est rare qu'on ait en France des programmes aussi audacieux. L'inventivité du scénario compense le budget réduit, et ça marche, la preuve ! Encourageons ces jeunes qui prennent des initiatives, qui savent se mettre en danger pour nous proposer des programmes originaux. ENFIN !


Les opérateurs, c'est l'histoire de Slim, qui débarque dans une grosse boîte et doit partager son bureau avec sa nouvelle collègue, Fran. Plein d'entrain et motivé, Slim comprend vite qu'en réalité, personne dans cette boite ne sait en quoi consiste son poste, ni même les activités de la société ! "Opérateur référent", "Référent opérationnel", voilà les intitulés des postes ! Las de remplir des colonnes de chiffres sans queue ni tête, Slim et Fran décident de prendre les choses en main et entendent bien trouver ce que fabrique cette société, avec ou sans l'aide de Charles, leur N+1 option sourire corporate et sympathie hypocrite ! 

En bref, Les opérateurs critiquent avec humour et légèreté la bêtise de notre société actuelle, coincée dans une bureaucratie absurde et aliénante. Et les acteurs sont bons. Oui, je vous jure.

Inutile de répéter que c'est une série que je vous conseille ... si ?

Web-série écrite et réalisée par François Descraques et Slimane Baptiste Berhoun
Avec Slimane-Baptiste Berhoun, Sabine Perraud, Nicolas-Wenceslas Berno, Sandra Lou, Davy Mourier
Produit par Taronja Prod, Barjac production et FTV Nouvelles écritures


mercredi 14 novembre 2012

Smash : New love !


Je sais, je sais, j'ai du retard ... Je sais même que ça a déjà été diffusé sur TF1 au début de l'été et que ça a fait un méga gros plouf ... TF1 quatrième en termes d'audience pour un prime, c'est pas souvent et ça se remarque. 

Du coup cette serie américaine produite par Steven Spielberg (quand même) n'a pas été diffusée en entier en France. Et c'est un tort !

Personnellement, ça m'a plutôt plu. Bon, je suis certainement dans la cible : jeune, femme, j'aime les séries TV US et le monde de la comédie musicale me fait un peu rêver (surtout après Burlesque, j'avoue !) Mais néanmoins j'ai trouvé que cette première saison avait un charme certain.

Déjà c'est addictif. J'ai avalé les 15 épisode en moins de 3 jours. L'histoire est simple mais efficace, on nous présente les tribulations d'une équipe complète d'artistes et de producteurs qui veulent monter une comédie musicale sur Marilyn Monroe. De trahison en rebondissements, on observe d'un oeil voyeur les espoirs et les manipulations, les négociations et les chantages, les joies et les déceptions de chaque personnage qui a une problématique personnelle très marquée.

C'est parfois un peu (beaucoup) cliché, je vous l'accorde. Miss Iowa qui débarque pour être une star, la demi-célébrité qui rêve d'écraser tout le monde pour ressembler à Môman, l'écrivain gay qui ne sait pas se poser dans la vie, l'auteur qui veut adopter mais qui trompe quand même son mari avec un danseur (tu comprends il était sexy tout ça tout ça), le metteur en scène tyranique qui saute sur tout ce qui porte une jupe, le petit ami politicien, la productrice en plein divorce qui veut monter "son" show sans son ex, etc ! 

Bref, rien de bien original dans les personnages. Mais l'écriture nous permet de comprendre chaque étape de la production. Ce qui nous semble être un joli spectacle d'une heure lorsque l'on va au théâtre est en réalité le fruit de nombreux mois (années) de travail et de beaucoup de sacrifices (hey, un peu comme le cinéma en fait!)

Et puis les acteurs sont bons, soyons honnêtes ! de vrais showmen qui jouent, dansent, chantent avec entrain et justesse, ça vaut toujours le coup ! Même Uma Thurman (en super star capricieuse) m'a bluffée. ce rôle lui va comme un gant et la dévoile sous un jour que je ne lui connaissais pas, et qui m'a beaucoup plu. 

 On explique le flop en France par le fait que le public français est moins sensible que le public US aux séries TV musicales. Peut être que c'est vrai, même s'il me parait intéressant de noter que les français aiment tout de même bien Glee... Peut être simplement que le public attendait plus d'une production Spielberg, et peut être également que les éventuels intéressés ne vont pas chercher ce type de programmes sur TF1 ... 

Aux USA après une première saison lancée avec 7 millions de téléspectateurs, une 2ème saison est commandée pour 2013. J'avoue que je l'attends avec impatience !

mercredi 31 octobre 2012

Les Daleks, stars immortelles de Doctor Who !


Dans le Courrier International de la semaine dernière (oui je suis en retard dans mes lectures ET dans mes notes de blog, vilaine fille), il y a une double page consacrée ... aux Daleks. Pas à Doctor Who à proprement parler, non non, à ses ennemis les plus anciens, les plus maléfiques, les Daleks.

Cet article m'a beaucoup appris sur la psychologie de la série, et par extension sur les techniques scénaristiques mises en place par les auteurs.

Doctor Who a été créé par Terry Nation, c'est à la base une histoire de science-fiction en 7 parties diffusée en début de soirée sur la BBC. Terry Nation avait un autre projet qui lui prenait beaucoup de temps à l'époque, alors il a monté toute l'histoire en une semaine, il écrivait un épisode par jour. 

Le New Statesman, journal Londonien, estime que c'est cet intervale d'écriture très court qui a permis à Nation de créer des personnages aussi attractifs que les Daleks. Il aurait utilisé intensément son inconscient, et les aurait façonnés selon ses peurs les plus profondes. Son père engagé dans l'armée et sa mère travaillant pour la protection civile en janvier 1941 pendant la seconde guerre mondiale, le petit Terry, 10 ans, a passé de nombreuses nuits seul, accompagné de romans d'aventures et de programmes radio de l'époque, sous le souffle des bombes nazis qui détruisaient Cardiff. Plongeant dans ses souvenirs d'enfance, mêlant Jules Verne et la terreur du Blitz, il inventa plus de 20 ans plus tard les Daleks, des nazis réincarnés dans un monde de science-fiction : des machines à tuer anonymes et impitoyables, très portées sur le génocide.


Dès les débuts de la série en 1963, les Daleks eurent un énorme succès. Les enfants surtout les adoraient, sûrement parce qu'inconsciemment ces monstres avaient quelque chose à voir avec l'ancien petit garçon de 10 ans qui les avait créés. Nation a eu beau les tuer dans la série, les téléspectateurs exigèrent leur retour, avec succès ! Le New Statsman affirme que la Dalekmania a été le seul phénomène culturel assez important pour concurrencer la Beatlemania en 1964. 

C'est très étrange que de tels monstres aient eu le succès que l'ont connait. En effet, leur forme est très peu exploitable : il s'agit de boites métalliques peu mobiles et sans aucune expression faciale, incapable de faire preuve du moindre sentiment. Personne ne semble comprendre réellement le pourquoi de cet attachement."C'est un peu comme demander : pourquoi le noir fait-il peur ? Je ne sais pas, c'est comme ça c'est tout" fit remarquer le producteur Russel T. Davies lorsqu'il ressuscita les Daleks en 2005.

Doctor Who fêtera en 2013 son cinquantième anniversaire, et les Daleks sont toujours là. Aujourd'hui toutefois, la signification de ces monstres a beaucoup évolué. Dans les années 60, il était évident pour tout le monde que les Daleks représentaient les nazis, la majorité des téléspectateurs avaient encore en tête les affres de la guerre et la ressemblance sautait aux yeux dès que les Daleks s'alignaient et levaient le bras droit dans un salut déshumanisé "Demain, nous seront les maîtres de la Terre". Dans La genèse des Daleks, en 1975, on fait connaissance avec leur ancêtres, les Kaleds : ce sont des humanoïdes qui portent un uniforme noir, claquent les talons et s'accueillent avec des saluts hitlériens. 


Toutefois, quand Doctor Who revient en 2005, après 30 ans d'interruption, l'Angleterre est un tout autre pays. Les personnes qui se souviennent de la guerre sont retraitées et de nouvelles valeurs ont pris place dans la société. Avec le temps, les monstres ont perdu de leur signification, et sont désormais boudés par les fans et les scénaristes, qui les jugent limités et simplistes. Steven Moffat, producteur et scénariste actuel de la série, déclare vouloir mettre de côté ces antiques adversaires du Docteur.

Cet exemple nous permet de comprendre un peu mieux comment un scénario est construit. Il est constamment ancré dans une époque. Même si le personnage reste, comme ici, le même en traversant les âges, sa psychologie varie en fonction des valeurs que les téléspectateurs sont en mesure de lui associer, de comprendre. L'identification est indispensable pour le bon fonctionnement de la série.

mercredi 10 octobre 2012

La folie des programmes courts

En voilà un sujet actuel et intéressant ! En mars 2012, dans son bilan sur la production audiovisuelle aidée en 2011, le CNC révelait l'engouement des chaînes pour les programmes courts ou "shortcoms" : "le volume des séries de format court atteint son plus haut niveau depuis 2005." On constate une augmentation sur un an de 29 heures à 93 heures. Quand même !

 A mi-chemin entre le sketch et la comédie, la shortcom fait fureur depuis cet été : lancement de Nos chers voisins sur TF1, installation d'En famille sur M6, création de La minute vieille sur Arte. Et depuis fin août, Sophie et Sophie ont remplacé Bref au grand journal de Canal+. Je vous les conseille, en passant, elles tombent souvent juste ! J'ai beaucoup aimé leur clin d'oeil au SAV d'Omar et Fred dans l'épisode "Cannabis" lorsque Sophie lance à un collègue mécontent à qui elle a vendu de l'herbe "Hey, on est pas le SAV nous, tu te crois où ?!" Vidéos visibles ici.

L'héritage Canal+

Pour Canal+, leus shortcoms actuels s'inscrivent dans une longue tradition. Souvenez-vous des Deschiens, de La minute blonde, du SAV etc. Arielle Saracco, directrice de la création originale, admet que "ce sont des éléments identitaires de la chaîne. Mais ils doivent être audacieux, inscrits dans leur époque. Surtout ils ont vocation à faire émerger de nouveaux talents." En clair pour Canal+, les shortcoms sont un moyens de révolutionner les codes de la production en proposant régulièrement des choses nouvelles, transgressives ou décalées. 

Les autres chaînes s'y mettent progressivement et cherchent la bonne formule, en adéquation avec leur cible. TF1, après la diffusion de Que du bonheur en 2008, a attendu 2012 pour diffuser à nouveau un programme court : Nos chers voisins. Pour Nathalie Laurent, directrice de la fiction de la chaîne, "ce qui compte, c'est que ça marche".  
Une stratégie identitaire 

"Presque tous les programmes courts ont à leur manière renouvelé le genre" déclare Sophie Gigon, directrice de la coordination et de la stratégie en fiction à France Télévisions. En effet, Kaamelott, par exemple, a prouvé qu'on pouvait créer du court sur le territoire historique. Depuis Un gars une fille en 1999, adaptation d'un format québécois, les shortcoms ont posé quelques références. Comme les 700 épisodes de Caméra café par exemple, première création 100% française, ou plus récemment Scènes de ménages, adaptation d'un format espagnol qui met en scène un sujet universel : les relations de voisinage. 

Mais les programmes courts, cela permet surtout à une chaîne de construire une stratégie identitaire, en créant des marques de programmes. "Et cela coûte moins cher et c'est moins risqué avec ce type de production" déclare Anne Holmes, directrice de la fiction de France 3. Par exemple Arte lance La minute vieille, en adéquation avec son public cible, et met en place des liens plus étroits avec ses téléspectateurs grâce à ce type de programme, qui permet une plus grande liberté de ton, une certaine autodérision également.

De très nombreux avantages

Avec l'évolution des thèmes et du public, de nombreux avantages apparaissent à la création de programmes courts. Premièrement, une chaîne ne peut plus tenir avec une seule série, elle doit en trouver d'autres. Les équipes travaillent en flux tendus et tout va plus vite. Nathalie laurent parle de processus industrialisé "Ce mode de fonctionnement permet de commander des volumes importantset donc d'optimiser les investissements". 

D'autre part, de très nombreux auteurs et nouveaux talents travaillent sur ces projets jeunes et dynamiques. Cela représente pour les chaînes un énorme vivier de talents où piocher lorsqu'il faut un scénariste ou un auteur pour un autre type de production. Il est possible d'évoluer et de travailler à terme sur d'autres formats, par exemple des séries plus longues.

De plus, les shortcoms permettent une excellente adaptation au web. Sophie et Sophie sur Canal+, spin off de Working Girls, autre série Canal, permet de créer une réelle synergie de marque ainsi que des liaisons avec le site de Canal+. Par exemple, une page spéciale intitulée "Bonjour Workingirl, la page qui vous donne envie d'aller travailler" propose aux internautes de poster des photos d'elles. Chaque jour, une femme est sélectionnée comme étant la "workingirl du jour" visible ici.