mercredi 31 octobre 2012

George Lucas a t-il vendu son âme au diable ?


La nouvelle est tombée hier, implacable. Le géant américain Disney rachète LucasFilm, la société de production du créateur de La guerre des étoiles, pour 4,05 milliards de dollars. Le monde est en émoi et la question qui flotte sur toutes les lèvres est la suivante : George Lucas a t-il vendu son âme au diable ?

Voici donc un petit tour d'horizon du web : Citizen Kane, Facebook Twitter, Economie Matin : réactions et interrogations.

Disney, une stratégie de rachat massive.

Disney n’en est pas à son premier rachat. Avant Lucasfilm, Disney s’est offert les studios d’animation Pixar ainsi que la référence de la bande dessinée : Marvel Entertainment. George Lucas a estimé que "la taille et l’expérience de Disney donnent à LucasFilm l’occasion d’ouvrir de nouvelles voies dans les films, la télévision, les médias interactifs, les parcs à thème, le divertissement et les produits de consommation". Lucas détenait jusqu’ici l’entreprise à 100 %. Disney prévoit de payer la moitié des 4,05 milliards de dollars en "cash" et le reste en actions Disney.

En faisant l'acquisition de Lucasfilm, Walt Disney Company prend le contrôle de toutes les divisions de la société basée à San Francisco LucasArts, Industrial Light & Magic, et Skywalker Sound, des sociétés spécialisées dans les effets visuels mais aussi la post production. 

Avec LucasFilm, Disney met également la main sur la franchise des Indiana Jones, gros succès mondial, et Star Wars, la saga aux millions de fans. Il s'agit de l’une des séries de films les plus lucratives de l’histoire du cinéma, avec des recettes cumulées de plus de 4,4 milliards de dollars dans le monde. 

Mais Disney n'achète pas seulement une marque mondialement connue, il achète surtout l'opportunité de la développer sur tous les supports. Après six films cultes, des séries en dessin animés, des livres, des BD, des jouets, des vêtements... il manque surtout un parc à thème destiné aux productions de LucasFilm. On peut donc raisonnablement penser que Disney, qui a une certaine expérience en la matière avec des parcs à thème sur presque tous les continents, pourrait sauter sur l'occasion et construire des parcs à thème Star Wars.

Un septième Star Wars.

Au delà du rachat de la société de production, ce qui met le web en émoi est l'annonce de la sortie de Star Wars VII, prévu en 2015 ! Mieux encore, ce nouvel épisode des aventures de Luke Skywalker, R2 D2, la princesse Amidala, et tous ceux qui seront conservés dans l'histoire, sera le premier d'une trilogie. 

George Lucas devrait participer à l’aventure en tant que consultant, de façon à ce que l'atmosphère et le charme des Star Wars restent les mêmes. "Durant les 35 dernières années, un de mes plus grands plaisirs a été de voir passer Star Wars de génération en génération. Il est maintenant temps pour moi de passer La Guerre des Etoiles à une nouvelle génération de réalisateurs. J'ai toujours cru que La Guerre des Etoiles me survivrait, et je pense qu'il était important de mettre la transition en place de mon vivant".

Réactions du web 

Les réactions des fans sont mitigées, chacun y va de son avis et de sa projection.

Certains fans inconditionnels de George Lucas regrettent que le créateur de Star Wars vende sa société à un géant du marketing qui risque de dénaturer la saga et lui faire perdre de sa valeur culturelle




D'autres fans sont ravis de la sortie de nouveaux films et trépignent déjà d'impatience.
 
 
Alors qui a raison, les puristes ou les autres ? Suite en 2015 !

Les Daleks, stars immortelles de Doctor Who !


Dans le Courrier International de la semaine dernière (oui je suis en retard dans mes lectures ET dans mes notes de blog, vilaine fille), il y a une double page consacrée ... aux Daleks. Pas à Doctor Who à proprement parler, non non, à ses ennemis les plus anciens, les plus maléfiques, les Daleks.

Cet article m'a beaucoup appris sur la psychologie de la série, et par extension sur les techniques scénaristiques mises en place par les auteurs.

Doctor Who a été créé par Terry Nation, c'est à la base une histoire de science-fiction en 7 parties diffusée en début de soirée sur la BBC. Terry Nation avait un autre projet qui lui prenait beaucoup de temps à l'époque, alors il a monté toute l'histoire en une semaine, il écrivait un épisode par jour. 

Le New Statesman, journal Londonien, estime que c'est cet intervale d'écriture très court qui a permis à Nation de créer des personnages aussi attractifs que les Daleks. Il aurait utilisé intensément son inconscient, et les aurait façonnés selon ses peurs les plus profondes. Son père engagé dans l'armée et sa mère travaillant pour la protection civile en janvier 1941 pendant la seconde guerre mondiale, le petit Terry, 10 ans, a passé de nombreuses nuits seul, accompagné de romans d'aventures et de programmes radio de l'époque, sous le souffle des bombes nazis qui détruisaient Cardiff. Plongeant dans ses souvenirs d'enfance, mêlant Jules Verne et la terreur du Blitz, il inventa plus de 20 ans plus tard les Daleks, des nazis réincarnés dans un monde de science-fiction : des machines à tuer anonymes et impitoyables, très portées sur le génocide.


Dès les débuts de la série en 1963, les Daleks eurent un énorme succès. Les enfants surtout les adoraient, sûrement parce qu'inconsciemment ces monstres avaient quelque chose à voir avec l'ancien petit garçon de 10 ans qui les avait créés. Nation a eu beau les tuer dans la série, les téléspectateurs exigèrent leur retour, avec succès ! Le New Statsman affirme que la Dalekmania a été le seul phénomène culturel assez important pour concurrencer la Beatlemania en 1964. 

C'est très étrange que de tels monstres aient eu le succès que l'ont connait. En effet, leur forme est très peu exploitable : il s'agit de boites métalliques peu mobiles et sans aucune expression faciale, incapable de faire preuve du moindre sentiment. Personne ne semble comprendre réellement le pourquoi de cet attachement."C'est un peu comme demander : pourquoi le noir fait-il peur ? Je ne sais pas, c'est comme ça c'est tout" fit remarquer le producteur Russel T. Davies lorsqu'il ressuscita les Daleks en 2005.

Doctor Who fêtera en 2013 son cinquantième anniversaire, et les Daleks sont toujours là. Aujourd'hui toutefois, la signification de ces monstres a beaucoup évolué. Dans les années 60, il était évident pour tout le monde que les Daleks représentaient les nazis, la majorité des téléspectateurs avaient encore en tête les affres de la guerre et la ressemblance sautait aux yeux dès que les Daleks s'alignaient et levaient le bras droit dans un salut déshumanisé "Demain, nous seront les maîtres de la Terre". Dans La genèse des Daleks, en 1975, on fait connaissance avec leur ancêtres, les Kaleds : ce sont des humanoïdes qui portent un uniforme noir, claquent les talons et s'accueillent avec des saluts hitlériens. 


Toutefois, quand Doctor Who revient en 2005, après 30 ans d'interruption, l'Angleterre est un tout autre pays. Les personnes qui se souviennent de la guerre sont retraitées et de nouvelles valeurs ont pris place dans la société. Avec le temps, les monstres ont perdu de leur signification, et sont désormais boudés par les fans et les scénaristes, qui les jugent limités et simplistes. Steven Moffat, producteur et scénariste actuel de la série, déclare vouloir mettre de côté ces antiques adversaires du Docteur.

Cet exemple nous permet de comprendre un peu mieux comment un scénario est construit. Il est constamment ancré dans une époque. Même si le personnage reste, comme ici, le même en traversant les âges, sa psychologie varie en fonction des valeurs que les téléspectateurs sont en mesure de lui associer, de comprendre. L'identification est indispensable pour le bon fonctionnement de la série.

mardi 23 octobre 2012

De la ménagère aux CSP+ : la guerre de l'audience

La définition des catégories d'audience est un sujet sensible pour une bonne raison : elles façonnent le partage des 3,5 milliards d'euros d'investissements publicitaires, et les chaines se battent pour gagner des parts d'audience. Récemment, Nicolas de Tavernost, patron de M6 a exprimé ses inquiétudes sur le marché publicitaire et dénoncé les "contre vérités" qui circulent sur le marché de la TV. Faisons un point.

La population cible de référence : les ménagères de moins de 50 ans

Ce terme a fait son apparition dans les années 60 avec l'avènement de la consommation de masse. La définition marketing est la suivante :  la ménagère de - 50 ans est le "Graal" de l’audience TV, notamment pour les annonceurs de produits de grande consommation. Dans les panels TV et notamment Mediamat, la ménagère est définie comme une femme responsable des achats du foyer qu’elle soit active ou non.

Ainsi donc, ces femmes (11 millions selon Médiamétrie) sont les décideuses d'un foyer et ont le droit de vie ou de mort sur un programme. Elles décident de ce que leur famille va regarder le soir même (le foyer peut être constitué de plusieurs personnes, mais elles sont LA référence), et donc façonnent les achats des chaines de télévision.

Les chaines privées notamment sont très dépendantes de cette population. Cela est dû au lien direct entre les scores d'audience sur les ménagères et les recettes publicitaires engrangées par les chaines. TF1 et M6 détiennent les plus fortes audiences auprès de cette population, avec 44% de parts de marché cumulées sur les ménagères en 2011 selon une étude Yacast (un des leaders sur l'étude du marché publicitaire en France). Leurs scores sur les ménagères sont 10 points plus hauts que sur l'ensemble du public, grâce à des programmes comme par exemple Desperate Housewifes, Un diner presque parfait, Scènes de ménages pour M6 et Mentalist, Masterchef et Danse avec les stars pour TF1.

 La nouvelle population de référence : Les CSP+

Depuis quelques années, émerge une nouvelle catégorie d'audience de référence. Il s'agit des CSP+, les catégories socio-professionnelles supérieures.

Certaines chaines, comme Canal + par exemple, surtout avec le lancement de D8 et D17, en ont fait leur cible prioritaire. La régie de Canal justifie ce choix en déclarant que c'est "la cible la plus fidèle aux marques", en plus d'être la cible la plus apte à débourser chaque mois de l'argent pour un abonnement à la TV payante.

Les CSP+ représentent 13 millions d'invidivus en France, c'est-à-dire un peu plus que les ménagères. Ils sont âgés d'au moins 15 ans et possèdent un emploi de catégorie supérieure : chefs d'entreprise, cadres, commerciaux, professeurs ou encore artisans. On considère que 55% sont des hommes et que les trois quarts ont moins de cinquante ans. 

"Le trésor caché des CSP+, on le cherche encore" Nicolas de Tavernost

Nicolas de Tavernost a réuni récemment une dizaine de journalistes pour dénoncer les "contre-vérités" qui circulent sur le marché de la télévision.

Le patron de M6 se plait à critiquer le groupe Canal+ qui décide de cibler les CSP+ avec ses chaines comme D8. "On nous dit que le CSP+ n'est pas complètement couvert. C'est faux, il y a un excès d'offre sur le marché des CSP+. Paris Première (chaîne du groupe M6), qui est la chaîne qui a le plus d'affinité avec les CSP+ devant Canal+, rencontre même de vraies difficultés pour vendre ses écrans publicitaires alors qu'ils sont très bon marché" 

"Le CSP+ ne représente que 6% du marché de la télévision et il a perdu un quart de sa valeur depuis 5 ans", ajoute Ronan de Fressenel, directeur général adjoint de la régie M6 Publicité. Ce dernier a présenté un cours sur les CSP+ aux journalistes présents. "Qu'on ne nous fasse pas rigoler sur le trésor caché des CSP+, on le cherche encore !", reprend Nicolas de Tavernost. En réalité, M6 considère que Canal+ et ses nouvelles chaînes D8 et D17, contrairement à ce qu'elles avouent, ne visent pas particulièrement les CSP+, mais bien toutes les cibles publicitaires, à commencer par les ménagères de moins de 50 ans, très recherchées par TF1 et M6.

C'est donc à une bataille générale d'audience plus violente encore que précédemment que nous allons participer en allumant nos écrans. L'arrivée du groupe Canal + sur la TV gratuite a ébranlé les habitudes du marché et risque de modifier la totalité du secteur. Et vous, que pensez-vous de l'avenir de la TV gratuite ?

mercredi 10 octobre 2012

La folie des programmes courts

En voilà un sujet actuel et intéressant ! En mars 2012, dans son bilan sur la production audiovisuelle aidée en 2011, le CNC révelait l'engouement des chaînes pour les programmes courts ou "shortcoms" : "le volume des séries de format court atteint son plus haut niveau depuis 2005." On constate une augmentation sur un an de 29 heures à 93 heures. Quand même !

 A mi-chemin entre le sketch et la comédie, la shortcom fait fureur depuis cet été : lancement de Nos chers voisins sur TF1, installation d'En famille sur M6, création de La minute vieille sur Arte. Et depuis fin août, Sophie et Sophie ont remplacé Bref au grand journal de Canal+. Je vous les conseille, en passant, elles tombent souvent juste ! J'ai beaucoup aimé leur clin d'oeil au SAV d'Omar et Fred dans l'épisode "Cannabis" lorsque Sophie lance à un collègue mécontent à qui elle a vendu de l'herbe "Hey, on est pas le SAV nous, tu te crois où ?!" Vidéos visibles ici.

L'héritage Canal+

Pour Canal+, leus shortcoms actuels s'inscrivent dans une longue tradition. Souvenez-vous des Deschiens, de La minute blonde, du SAV etc. Arielle Saracco, directrice de la création originale, admet que "ce sont des éléments identitaires de la chaîne. Mais ils doivent être audacieux, inscrits dans leur époque. Surtout ils ont vocation à faire émerger de nouveaux talents." En clair pour Canal+, les shortcoms sont un moyens de révolutionner les codes de la production en proposant régulièrement des choses nouvelles, transgressives ou décalées. 

Les autres chaînes s'y mettent progressivement et cherchent la bonne formule, en adéquation avec leur cible. TF1, après la diffusion de Que du bonheur en 2008, a attendu 2012 pour diffuser à nouveau un programme court : Nos chers voisins. Pour Nathalie Laurent, directrice de la fiction de la chaîne, "ce qui compte, c'est que ça marche".  
Une stratégie identitaire 

"Presque tous les programmes courts ont à leur manière renouvelé le genre" déclare Sophie Gigon, directrice de la coordination et de la stratégie en fiction à France Télévisions. En effet, Kaamelott, par exemple, a prouvé qu'on pouvait créer du court sur le territoire historique. Depuis Un gars une fille en 1999, adaptation d'un format québécois, les shortcoms ont posé quelques références. Comme les 700 épisodes de Caméra café par exemple, première création 100% française, ou plus récemment Scènes de ménages, adaptation d'un format espagnol qui met en scène un sujet universel : les relations de voisinage. 

Mais les programmes courts, cela permet surtout à une chaîne de construire une stratégie identitaire, en créant des marques de programmes. "Et cela coûte moins cher et c'est moins risqué avec ce type de production" déclare Anne Holmes, directrice de la fiction de France 3. Par exemple Arte lance La minute vieille, en adéquation avec son public cible, et met en place des liens plus étroits avec ses téléspectateurs grâce à ce type de programme, qui permet une plus grande liberté de ton, une certaine autodérision également.

De très nombreux avantages

Avec l'évolution des thèmes et du public, de nombreux avantages apparaissent à la création de programmes courts. Premièrement, une chaîne ne peut plus tenir avec une seule série, elle doit en trouver d'autres. Les équipes travaillent en flux tendus et tout va plus vite. Nathalie laurent parle de processus industrialisé "Ce mode de fonctionnement permet de commander des volumes importantset donc d'optimiser les investissements". 

D'autre part, de très nombreux auteurs et nouveaux talents travaillent sur ces projets jeunes et dynamiques. Cela représente pour les chaînes un énorme vivier de talents où piocher lorsqu'il faut un scénariste ou un auteur pour un autre type de production. Il est possible d'évoluer et de travailler à terme sur d'autres formats, par exemple des séries plus longues.

De plus, les shortcoms permettent une excellente adaptation au web. Sophie et Sophie sur Canal+, spin off de Working Girls, autre série Canal, permet de créer une réelle synergie de marque ainsi que des liaisons avec le site de Canal+. Par exemple, une page spéciale intitulée "Bonjour Workingirl, la page qui vous donne envie d'aller travailler" propose aux internautes de poster des photos d'elles. Chaque jour, une femme est sélectionnée comme étant la "workingirl du jour" visible ici.